Priver les apprenants d’accès aux centres anglophones d’éducation des adultes et de formation professionnelle

joe ortona
Montréal - jeudi, juin 4, 2026

En ce moment même, quelque 14 000 étudiants adultes actuellement inscrits dans le réseau de la Commission scolaire English-Montréal (CSEM) risquent d'être exclus des filières d'éducation et de formation qu'ils ont choisies.le gouvernement du Québec, sous la nouvelle direction de la CAQ, relance imprudemment son projet d'étendre les restrictions de la loi 101 à l'éducation des adultes et à la formation professionnelle.ce projet malavisé imposerait aux apprenants adultes les mêmes critères d'admissibilité que ceux utilisés pour les élèves du primaire et du secondaire (un parent ayant reçu une éducation en anglais au Canada), ce qui aurait des conséquences dévastatrices pour l'économie et la main-d'œuvre du Québec.

Le ministre Jean-François Roberge a parlé de rediriger quelque 27 000 étudiants adultes vers le réseau français. Ce chiffre n'est pas seulement exagéré, il est aussi dangereusement éloigné de la réalité. Forcer les apprenants adultes à quitter les centres anglophones ne produira pas un transfert en douceur, un pour un. Au contraire, cela entraînera de nombreux abandons, des retards prolongés et des pertes d'opportunités.

Hypothèses erronées et contre-productives
Le raisonnement du gouvernement repose sur des hypothèses profondément erronées. De nombreux apprenants adultes, en particulier les immigrants, les nouveaux arrivants et ceux qui sont encore en train d'acquérir des compétences en français, ne seront tout simplement pas prêts à s'immerger immédiatement dans des programmes en français.ils abandonneront en raison des barrières linguistiques, languiront sur les listes d'attente de francisation, devront faire face à des frais de déplacement excessifs vers des centres éloignés, ou perdront l'accès aux services de soutien spécialisés disponibles dans le réseau anglais.

À l'EMSB, nous estimons que 65 à 70 % des apprenants adultes actuellement éligibles pourraient perdre leur accès en raison de ces restrictions. Il s'agit d'une perturbation massive qui étouffera l'offre de diplômés qualifiés au moment le plus inopportun. Le Québec est déjà confronté à de graves pénuries de main-d'œuvre dans des secteurs critiques. Diminuer le flux de travailleurs qualifiés dans les secteurs de la santé, des garderies, de la construction, des métiers, de l'hôtellerie et de l'administration est un manque de vision et une autodestruction économique.

Les programmes anglais d'éducation des adultes et de formation professionnelle donnent d'excellents résultats. Les taux de placement dans des domaines clés tels que la santé et la garde d'enfants atteignent régulièrement 75 à 95 %. Ces diplômés deviennent rapidement des contribuables productifs et des acteurs de la société québécoise. Les petites et moyennes entreprises du Québec s'appuient fortement sur ce vivier de talents pour trouver des employés talentueux qui répondent aux besoins réels du marché du travail.

Restreindre l'accès ne renforcera pas magiquement le français sur le lieu de travail. Le fait d'étudier dans un centre professionnel anglophone n'empêche pas les diplômés de travailler en français. Au contraire, les étudiants acquièrent plus rapidement des compétences techniques et de l'assurance dans leur langue la plus forte, puis améliorent naturellement leurs compétences en français sur le lieu de travail. De nombreux programmes intègrent déjà des modules en français, de la terminologie technique, des documents bilingues et des stages en français.

En bloquant ces voies éprouvées, le gouvernement sabote une intégration réussie et réduit la participation globale à la main-d'œuvre.

Compétences linguistiques sur le lieu de travail
Le gouvernement suppose également que cette mesure permettra de lutter contre le déclin du français sur le lieu de travail. Mais étudier et se former en anglais n'empêche pas de travailler en français.pour faciliter l'entrée dans un nouvel emploi, il a été démontré que les étudiants adultes nouvellement diplômés gagnent en confiance et s'adaptent plus rapidement aux exigences de l'emploi en étant capables de communiquer dans la langue de leur choix. Il tend à y avoir une amélioration naturelle de la communication en français pendant le travail.

Effets d'entraînement dévastateurs
Les retombées financières et opérationnelles seront graves. La forte baisse des inscriptions obligera les conseils scolaires anglophones à réduire l'offre de programmes, à supprimer la formation spécialisée et à fermer éventuellement des centres dans certaines régions. Des centaines de postes d'enseignement et de soutien seront menacés.

Rien qu'à la CSEM, le financement de l'éducation des adultes contribue à hauteur de 15 millions de dollars par an au soutien de nos réseaux primaire et secondaire. La suppression de cette source de revenus vitale nuira aux élèves de tous les niveaux et minera la capacité de l'ensemble du système d'éducation publique à servir les Québécois.

Coûts humains et économiques
Cette politique frappe au cœur des possibilités individuelles. Les apprenants adultes reprennent souvent leurs études après une interruption de scolarité, une perte d'emploi, un changement de carrière ou en tant que nouveaux arrivants cherchant à prendre pied dans la société québécoise. Des programmes comme l'initiative d'intégration socioprofessionnelle (ISV) du Centre d'éducation des adultes de Wagar donnent accès à plus de 100 métiers semi-spécialisés, offrant aux étudiants un choix de plus de 100 métiers semi-spécialisés (de la technologie à la fabrication en passant par la garde d'enfants, l'aménagement paysager et l'entretien), ce qui leur apporte dignité, indépendance et emploi significatif.

Une voie d'éducation publique essentielle pour l' avenirdu Québec
L'éducation des adultes et la formation professionnelle dans les centres anglophones desservent tous les Québécois - les étudiants admissibles à l'anglais, les francophones, les allophones, les immigrants et les personnes ayant des capacités et des antécédents divers.ces programmes aident les individus à terminer leurs études secondaires, à remplir les conditions préalables à la poursuite de leurs études, à se recycler dans de nouvelles carrières et à entrer sur le marché du travail avec des qualifications reconnues.

Fermer l'accès à ces institutions performantes n'est pas une politique publique saine, c'est un excès idéologique qui produira moins de diplômés, moins de travailleurs qualifiés, moins de contribuables et plus de pression sur notre économie et nos services publics.

Le Québec a besoin de solutions pratiques qui élargissent les possibilités et renforcent la main-d'œuvre, et non de restrictions punitives qui aggravent les pénuries de main-d'œuvre et nuisent à notre prospérité collective. Le gouvernement doit abandonner cette proposition imprudente.

Joe Ortona est président de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec et président de la Commission scolaire English-Montréal, la plus grande commission scolaire publique anglophone du Québec, qui dessert plus de 33 000 élèves dans ses secteurs jeunesse et adulte.

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